Trainspotting

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mardi 19 mars 2013

Michael Owen, d'un ballon d'or à Stoke City




La nouvelle est tombée ce matin. Michael Owen, 33 ans seulement, mettra un terme à sa carrière une fois la saison terminée. Plus que des buts et un ballon d'or, l'attaquant anglais emporte avec sa paire d'Umbro pas mal de regrets et d'interrogations.

Andy Cole, Geoff Hurst et Kevin Keegan

"Big day today. I have decided that this will be my last season as a professional footballer". Pas de conférence de presse, pas d'annonce télévisuelle, c'est via Twitter et ces quelques caractères que l'ex Reds a fait part de son souhait de raccrocher les crampons au terme de la saison.  Une discrétion qui lui va finalement si bien, tant Owen semble n'avoir jamais était en mesure de confirmer réellement tous les espoirs que la nation avait placés en lui. Pourtant, tout laissait à penser que le natif de Chester serait en mesure, comme Geoff Hurst avant lui, de permettre à l'Albion de décrocher une coupe du monde. Gamin au talent précoce et malgré sa petite taille,  Owen impressionne très vite, au point de rejoindre la school of excellence de l'association de football britannique, au même titre qu'Andy Cole, dès l'age de 14 ans. Deux ans plus tard, et bien qu'il supporte les Toffees, c'est avec Liverpool qu'il signe son premier contrat pro, en 1996. La même année, il contribue à la victoire de son club en FA Cup et claque ses premiers pions. Sa vitesse balle au pied et son efficacité face au but lui permettent de très vite s'affirmer et de taper dans l'oeil du manager anglais de l'époque, Glenn Hoddle,  qui l'invite à disputer le mondial 1998 avec les Three Lions. Et bien que cette sélection puisse porter à débat, l'adolescent va vite montrer au monde toute l'étendue de son talent et faire taire les sceptiques, notamment grâce à un but qui le résume parfaitement. En huitièmes face à l'Argentine, alors que le match bat son plein, Owen va profiter d'une ouverture de Beckham pour définitivement gagner le coeur des anglais. Aux 50 mètres, il élimine son vis-à-vis en caressant son ballon d'un extér du droit des plus délicats, passe la cinquième et s'envole. Lancé à pleine vitesse, il met un vent à Ayala à l'entrée de la surface et crucifie Roa d'une frappe croisée. L'Angleterre échouera ensuite aux tirs aux buts, mais le Royaume prend conscience du potentiel du jeune anglais. Trois ans plus tard, c'est la consécration pour Owen qui atteint les sommets et remporte le ballon d'or 2001, suivant l'exemple de Kevin Keegan 22 ans plus tôt. Ces 158 buts en moins de 300 matchs sous les couleurs des Reds vont lui permettre de signer au Real en 2004. Mais là où beaucoup y voient la possibilité pour l'attaquant anglais de franchir un nouveau palier, cette signature va être le déclenchement d'une lente descente aux enfers.

Raul, Alan Shearer et Ryan Giggs

Car comme beaucoup après lui, son passage à Madrid ne va pas lui permettre de confirmer. Pire encore, elle va le détruire. Concurrencé par Raul et Ronaldo (excuse), Owen ne parvient pas à se faire une place au sein du onze titulaire merengue. C'est alors qu'il décide de s'engager en Août 2005 avec Newcastle, avec l'espoir secret de marcher sur les traces d'Alan Shearer. Il n'en sera rien. Avec les Magpies, il se blesse une première fois au métatarse du pied droit, puis se déchire les ligaments avec l'Angleterre pendant la coupe du monde en 2006. La suite, on la connait. Owen n'arrivera jamais à retrouver le niveau qu'il lui avait permis de s'affirmer comme l'un des attaquants les plus talentueux de l'histoire. Il ne fera pas non plus gagner de coupe du monde à l'Angleterre. En vrai, Owen n'a même pas été capable de remporter une ligue des champions, et ne peut se vanter que d'une Coupe de l'UEFA glanée avec Liverpool en 2001, lorsqu'on lui demande d'énumérer ses trophées. Un faible palmarès pour un ancien ballon d'or. Son passage à Manchester United lui permettra aussi de décrocher un titre de champion d'Angleterre en 2011, son premier et unique, remporté à l'age de 31 ans. C'est d'ailleurs avec les Red Devils qu'il fera lever les foules une dernière fois, lors d'un derby des plus chauds gagné 4-3 par United face aux citizens et un but victorieux inscrit à la 96ème, sur une passe de Ryan Giggs. Cette année, avec Stoke, Michael Owen se montre une nouvelle fois discret. Sur le pré à sept reprises, l'enfant prodige du Royaume n'a inscrit qu'un seul but. A 33 ans seulement, il était finalement peut-être temps pour Michael Owen de tourner la page.

lundi 4 mars 2013

Que vaut réellement la Bundesliga?




   La donne a changé. Depuis quelques temps, une partie de la sphère footballistique se plait à affirmer que la Bundesliga est devenue le championnat le plus attrayant d'Europe, et donc du monde. Adouber la Premier League est devenu trop mainstream, presque autant que relever le bout des manches de son t-shirt asos. Lassés d'entendre leurs potes vanter les mérites du championnat rosbeef,  certains préfèrent donc se rattacher au championnat allemand, pensant qu'en faire les éloges suffit à leur octroyer une crédibilité en terme de connaissance du ballon rond. Mais concrètement, où se situe le niveau de la Bundesliga? Analyse.

La qualité de jeu

   On ne va pas se mentir, mater un match au pays des teutons, c'est quand même bien bandant. Des lourdes frappes, des décrochages, des lourdes frappes, des buts, des retournements de situations, des lucarnes à foison, des lourdes frappes... ce que demande le peuple. Au niveau de la qualité de jeu, la Bundesliga n'a rien à envier aux grands championnats européens, et a permis l'éclosion de talents tels que Reus, révélé à Gladbach, Badsturber au Bayern ou encore Götze à Dortmund, excusez du peu. La formation allemande est aujourd'hui la plus performante d'europe, où en tout cas celle qui régale le plus. Et c'est tout à son honneur quand on voit la difficulté qu'a la France à garder au sein de ses frontières ses purs produits du terroir, ces derniers n'hésitant pas à dire merde à la ligue 1 et à s'exiler vers des territoires plus enclins au développement de leur potentiel alors qu'ils n'ont ni permis, ni bac en poche. En témoignent les départs de Pogba, formé au HAC, Niang de Caen ou Varane, l'enfant du Nord, qui ont préféré mettre le cap vers de plus grandes écuries européennes, ne voyant aucun intérêt à signer au sein de pointures nationales comme l'OL, l'OM ou le PSG. Et on les comprend, tant grand bien leur en a pris. Et même si le meilleur élément de la Mannschaft évolue aujourd'hui au Real, il ne faut pas oublier que c'est sur les terres allemandes que le talent de Mesut Özil s'est révélé, au Werder, tout comme son compatriote Kedhira, resté quatre ans au VFB Stuttgart. L'Allemagne met l'accent sur la formation, prend le temps de former ses pépites, et on ne peut qu'approuver. La Bundesliga est également un vivier au sein duquel la sélection nationale n'hésite pas à se servir, comme le montre la provenance des mecs convoqués. Sur les 23 derniers joueurs sélectionnés pour la rencontre amicale face aux Pays-Bas, seuls quatre éléments n'évoluaient pas en Bundesliga. Ce qui n'empêche pourtant pas les hommes de Löw de passer les phases de qualification sans encombre et d'atteindre, depuis 2006, le dernier carré de chaque coupe du monde et championnat d'europe. La Bundesliga surfe aussi sur la vague des jeunes entraîneurs insouciants qui n'hésite pas à produire du jeu, comme Jürgen Klopp au Borussia, Thorsten Fink à Hambourg ou encore Thomas Tuchel à Mayence. Elle peut également se targuer d'attirer des tacticiens reconnus tels que Lucien Favre, entraîneur de Mönchengladbach ou Félix Magath, aux commandes du VFL Wolfsburg. Alors à moins de passer ton aprèm devant Greuther Fürth-Fortuna Düsseldorf, regarder un match de Bundesliga, c'est quand même l'assurance de passer un bon moment et de te régaler, aucun doute là-dessus.

L'ambiance

   Bon là, on en fait trop. Oui les stades sont pleins, oui les gens sont souriants, et oui c'est surement très compliqué d'aller gagner au Westfalenstadion. Mais sincèrement, en terme d'ambiance, pas sur qu'un derby romain ait beaucoup à envier à un Borussia Dortmund-Bayern Munich ou même à un derby de la Rhur. Alors d'accord, à choisir, il est clair que tu préfères amener tes gosses dans la Südtribüne à Dortmund plutôt que d'aller squatter avec eux la curva sud du stadio Olimpico, mais là n'est pas la question. En terme de frissons procurés et d'ultras, il est certain que la Bundesliga a des concurrents de taille de l'autre côté des Alpes ou encore outre-Manche.

Le suspense

   L'un des arguments pour venir détruire les propos des amateurs de chorizo qui font l'éloge de la Liga. Oui mais là aussi, la Bundesliga tend à se résumer en un duel entre le Borussia Dortmund et le Bayern Munich. Micoud et Klose n'évoluent plus au Werder, Misimovic et Grafite ont préféré respectivement partir en Chine et aux Emirats plutôt que de s'inscrire dans la continuité à Wolfsburg après leur titre acquis il y a quatre ans, ressemblant d'avantage au Bordeaux de Laurent Blanc cru 2009, où la plupart des joueurs étaient clairement en sur-régime l'année de leur sacre (des nouvelles de Chamakh?). Quant à Leverkusen, le Bayer n'a définitivement pas les capacités pour rivaliser, à terme, avec les deux géants allemands. Néanmoins, c'est peut-être aussi là le signe que la Bundesliga est en train de prendre de l'ampleur. Avec l'ascension du Borussia et la main mise du Bayern, il va devenir de plus en plus difficile de venir titiller les deux colosses, et les équipes vont devoir hausser leur niveau de jeu pour espérer glaner le titre en fin de saison. Un mal pour un bien, finalement.

La comparaison au niveau européen

   En trois ans, le Bayern a perdu deux finales de champion's league, quand depuis 2005, chaque membre du big four est, au moins une fois, arrivé en finale, si l'ont fait l'impasse sur l'édition 2010 et cette confrontation remportée par l'inter de Mourinho au détriment des munichois. Vu de cette façon, il est donc tout de même difficile de ne pas admettre que c'est en Angleterre que jouent les meilleurs équipes, et que la Premier League compte dans ses rangs plusieurs teams qui font partie du gratin européen.

   Finalement, si l'on devait résumer la situation de l'Allemagne en quelques mots, ce serait les suivants: toujours placé, jamais gagnant. Mais en réalité, être allemand, c'est accepter de perdre, et souvent de façon tragique. Défaits lors des deux guerres mondiales, l'histoire semble prendre un malin plaisir à se répéter à travers le football. Les allemands continuent d'entretenir cette réputation de perdants, qui ont toutes les cartes en main, mais qui ne peuvent s'empêcher de tout faire foirer, remember la finale perdu par les munichois sur leurs terres en 2012, ou encore l'élimination de la Mannschaft en demi face à l'Italie, en 2006, dans une coupe du monde qui devait être la leur, synonyme de premier titre mondial pour l'Allemagne depuis sa réunification. Les allemands vont jusqu'à remettre en cause les propos de Lineker qui, à la suite de la défaite des anglais en demi lors de la coupe du monde 1990, affirmait: «Le football est un sport simple : 22 hommes poursuivent un ballon pendant 90 minutes et à la fin, les Allemands gagnent toujours». Il n'en demeure pas moins qu'à travers son championnat, l'Allemagne favorise sa formation et met toute les chances de son côté, en se chargeant de l'éclosion de leurs futurs grands et en opérant un réel suivi, s'appuyant sur le modèle espagnol, pour enfin espérer se mettre à gagner. Et nul doute que quand l'Allemagne s'éveillera, le monde tremblera. 

mercredi 6 février 2013

Luis Suarez le mal-aimé



   Étincelant depuis le début de saison, Luis Suarez maintient le cap à Liverpool. Si les Reds peuvent encore prétendre à l'Europe cette année, ils le doivent en grande partie à leur attaquant Uruguayen, pourtant très loin de faire l'unanimité. Portrait d'un mec qui défraie la chronique.


Plongeons, oreille et Jackson Five


   C'est bien connu, en Angleterre plus qu'ailleurs, la popularité d'un joueur se mesure dans les tribunes. Lampard, Gerrard, Rooney, Terry, tous ont un chant qui leur est dédié, vantant autant leurs exploits sur le pré que leurs frasques extra-sportives. Dernier exemple en date, la chanson dédiée à l'ex-squatteur du Milk montpelliérain, Olivier Giroud, entonnée par les supporters gunners à chaque sortie ou but du frenchie sur fond de 'Hey Jude'. S'il en fallait un qui définisse la vision qu'a le royaume de Luis Suarez, ce serait sans conteste celui inventé par les supporters de Stoke un soir de cup, et ce fameux "he cheats, he dives, he hates the jackson five, Luiiiiiis Suareeeez". Car malgré son talent indéniable, et bien qu'il soit libre d'écouter les sons qu'il veut, c'est peu dire que le buteur à la tête de rongeur agace. Et en y regardant de plus près, le passé donne raison à ses détracteurs. À son tableau de chasse vient bien évidemment s'inscrire cette main face au Ghana en quart du mondial 2010. Geste qui privera le continent africain d'une première demi-finale historique, et que les uruguayens préféreront qualifier de deuxième "main de dieu". On peut également y ajouter son implication dans une affaire de propos racistes que l'attaquant aurait adressé à l'encontre d'Evra, qui lui vaudra huit matchs de suspensions. Mais Suarez, c'est aussi des buts de la main, le plus récent face à Mansfield lors du troisième tour de cup en ce début d'année, des plongeons à répétitions et un croc dans l'oreille d'Otman Bakkal, lors d'un bouillant Ajax-PSV lorsque ce diable de Luis Suarez (elle est pour toi celle-là, Stéphane Guy) évoluait encore sous les couleurs des ajacides. Un joueur aussi régulier qu'instable, qui traîne donc derrière lui pas mal de casseroles, en plus d'une réputation de tricheur, confirmée par les propos de Koscielny relayés par Skysports, en octobre dernier. "Quel est l'attaquant que je déteste le plus? Suarez. C'est fatigant de jouer contre lui. Il triche. Il tire votre maillot. Il donne des coups vicieux. Vous voulez toujours lui donner un coup de pied mais vous devez être prudents de ne pas prendre un carton rouge[...] C'est un joueur qui va chercher a plonger dès qu'il y a le moindre contact. Pendant un duel, nous nous étions touchés, et il est immédiatement tombé au sol" avoue l'ancien lorientais. Mais là où certains y voient un manque de maturité, il faut y déceler une volonté à toute épreuve. La vérité, c'est que Luis Suarez est un génie, un type toujours à 200%, capable de pousser à bout les défenseurs adverses pour planter son pion, et prêt à se sacrifier pour sa team. Car le natif de Salto sait qu'il vient de loin, et il ne l'oublie jamais.



De la rue à Anfield


   Et c'est peu dire que Suarez en a chié. Issu d'un milieu modeste, c'est avec ses 6 frères qu'il passe sa jeunesse, élevé seulement par sa mère suite au divorce de ses parents lorsqu'il avait 9 ans. C'est dans les rues de Montevideo qu'il récite ses premières gammes. Précoce, il dispute ses premiers matchs pros avec le Nacional, l'équipe locale, à seulement 18 ans. Suarez commence sérieusement à voir à travers le football une alternative à la misère, et c'est aussi avec ces mêmes tricolores qu'il commence à gagner ses premiers trophées. En Uruguay, il n'y reste qu'un an, le temps pour lui de scorer 12 buts en 34 matchs et de se faire transférer à Groningue, aux Pays-Bas. Ce transfert va constituer un tremplin pour sa carrière. Tout s'accélère, et l'attaquant est transféré l'année suivante à l'Ajax. À Amsterdam, il prend une nouvelle dimension, passe la seconde, et claque la bagatelle de 111 buts en 159 matchs. La suite, on la connaît. En 2011, il débarque à Liverpool et dégomme tout sur son passage, dans tous les sens du terme. Très vite, il séduit les scousers. Un match en particulier va permettre au joueur de la celeste de se faire définitivement adopter sur les bords de la Mersey. Quelques mois après son transfert, Liverpool reçoit son ennemi de toujours, Manchester United. Suarez est aligné seul en pointe, et a la lourde tâche de porter l'attaque des Reds. L'uruguayen va carrément tout faire péter. 33ème minute, après un cafouillage dans la surface, l'attaquant demande le ballon, le reçoit dos au but, et mystifie tout bonnement toute la défense mancunienne dans un périmètre restreint avant d'adresser un caviar à Kuyt qui n'a plus qu'à le pousser au fond des filets. Anfield exulte, mais lui ne s'arrête pas là, et va largement contribuer au succès des reds, 3-1. Les fans de Liverpool tombent amoureux de Suarez, et Suarez leur rend bien. Cette saison, plus décisif que jamais, il affiche déjà 17 buts en 24 matchs, juste derrière les 18 réalisations de Van Persie. Il n'en fallait pas moins pour que certaines grandes écuries d'Europe se positionnent sur son transfert, notamment le Bayern Munich, prêt à débourser pas moins de 40 millions d'euros pour s'attacher ses services. Cela dit, Liverpool ne compte pas le lâcher de sitôt, à en croire les dernières déclarations de Brendan Rodgers, son coach. "Il n'est jamais blessé, il n'est jamais sur une table de massage. Il est capable de jouer trois matchs chaque semaine. C'est un joueur fantastique". Gerrard va même jusqu'à déclarer que "c'est le meilleur attaquant avec qui [il a] pu jouer". Suarez ne fait pas l'unanimité en Europe? Il s'en bat les reins. A Liverpool, désormais, c'est lui le boss.


dimanche 30 septembre 2012

Tom Cleverley


   Buteur cette semaine face à Newcastle, Tom Cleverley est en train de confirmer toutes les attentes placées en lui. Régulier dans ses performances, que ce soit avec Man U ou en sélection, le jeune mancunien récite patiemment ses gammes, dans l'espoir de s'imposer sur le long terme. Et si c'était lui, le digne successeur de Paul Scholes?

Un lourd chemin de croix

   Mercredi soir, Manchester United accueillait les magpies dans le cadre du troisième tour de la carling cup. Les red devils, comme souvent, l'emportent sur le score de 2 buts à 1. Une soirée comme une autre donc, pour les supporters comme pour le staff. Les hommes de Fergie ont fait le taff, et l'écossais a pu faire tourner. Un joueur cependant, se souviendra surement longtemps de cette rencontre. Tom Cleverley, au club depuis 2000, inscrit son tout premier but sous les couleurs de Man U. Un but qui sonne comme l'avènement de longues années de travail et de patience. Sir Alex le dit lui-même: «Il a progressé lentement au niveau physique, mais il a toujours eu envie. Il a toujours eu une grande compréhension du jeu». Car comme beaucoup avant lui, le natif de Basingstoke s'est fait balader un peu partout en Angleterre avant de pouvoir postuler à une place en équipe première. C'est pourtant très vite, à l'âge de 11 ans, que le jeune Tom commence à claquer ses premières passes dés pour MUFC. Il fait alors partie de l'académie des jeunes. Passé pro en 2009, Cleverley est d'abord envoyé à Leicester. Un prêt qui devra se finir prématurément. Touché à l'épaule lors de la rencontre face à Colchester, il rentre se faire soigner à Manchester pour y subir une intervention chirurgicale. Puis direction Watford un an plus tard. Au sein des hornets (rien à voir avec la ville de la Nouvelle-Orléans), le jeune anglais s'affirme. Prêté à Wigan ensuite, il confirme. Pour ses premiers matchs en Premier League, Tom se met bien et permet aux latics de se maintenir, en inscrivant 4 buts en 25 matchs. De retour à Manchester à l'été 2011, Ferguson lui offre alors la possibilité de le conserver au sein de l'effectif. Cleverley semble entrevoir enfin le bout du tunnel, et va même contribuer à la victoire des siens lors du community shield face au rival éternel, City, en délivrant une passe décisive à Nani. Le gamin a du talent, et Capello semble l'avoir compris. L'italien le convoque pour le match des three lions face aux Pays-Bas.

De la patience et du talent

   Car si l'espoir anglais n'a pas lâché l'affaire comme beaucoup l'aurait fait, c'est qu'il sait qu'il a le potentiel pour s'imposer au très haut niveau. Et il n'est pas le seul. Rappelé par Hogdson en sélection, à la suite d'un tournoi des jeux olympiques concluant, pour affronter la Moldavie dans le cadre des éliminatoires du mondial 2014, Cleverley a régalé. Auteur d'une prestation aboutie au milieu en évoluant meneur de jeu, lui qui d'habitude occupe plutôt un poste de relayeur, il en a convaincu plus d'un. Son coach le premier: "Il est capable de jouer moins en pointe et de reculer pour aller récupérer des ballons. Je crois qu'il est inutile de vouloir lui coller une étiquette. Il est milieu offensif, comme Cesc Fabregas peut l'être". Une comparaison qui en dit beaucoup sur la polyvalence et le potentiel du rookie anglais. Les cadres de Manchester United sont également unanimes quand il s'agit d'évoquer son comportement sur le terrain, comme l'explique Evra: «C'est un joueur fantastique, j'espère qu'il aura de nombreuses opportunités cette saison(...)C'est un mec silencieux, pour ça il ressemble à Scholesy(...) Les joueurs comme lui sont le futur. Il sait qu'il peut nous aider à gagner plus de titres. C'est comme ça que ça se passe à Man United». Celui qui fut nommé joueur de réserve de l'année par son coach de l'époque, Ole Gunnar Solskjaer, le sait: il a les capacités pour devenir un cadre de l'équipe première et écrire une des nombreuses pages de l'histoire du club, à l'image de Roy Keane, Ryan Giggs ou David Beckham avant lui. Surtout, Cleverley a toute les cartes en main pour succéder à Paul Scholes. Reste à savoir s'il en a les épaules.

vendredi 1 juin 2012

Zdeněk Zeman


   À nouveau plongé dans des histoires de matchs truqués qui ont récemment couté à Criscito un euro, le football Italien n'est pas au mieux. Un homme vaut cependant la peine que l'on s'y intéresse. Grâce à lui, Pescara, modeste club abonné à la série B depuis plus de 20 ans et fraîchement champion pour la deuxième fois de son histoire, jouera l'année prochaine dans la cour des grands. Ce qui peut tenir d'un miracle pour certains n'est pour lui qu'un challenge de plus de réussi.

La résurrection


   Lui, c'est Zdeněk Zeman, illustre tacticien qu'on avait un temps cru ne plus jamais revoir sur un banc après qu'il eut annoncé sa volonté d'en finir avec le football en 2008 et une expatriation ratée à l'étoile rouge de Belgrade. Un retour aux sources et un titre plus tard, le prophète semble s'être offert une seconde jeunesse. Sa fontaine de jouvence à lui se trouve à Foggia, club avec lequel il a connu son premier licenciement, d'abord, en 1987, après une expérience réussie à Licata et un titre de série C2. Mais Foggia, c'est aussi et surtout le club qui l'a révélé. En 1989, Zeman se voit offrir une seconde chance, et accepte le poste. Grand bien lui en en prend. En 5 ans, le tchèque va se faire un nom et faire vivre au club ses plus belles années. Après s'être stabilisé en Série B, il offre aux rouges et noirs le titre. S'en suivent de belles années en Série A avant un retour à la réalité qui les enverra jusqu'en série C2, dégringolade annoncée qui coïncide avec le départ de Zden
ěk Zeman à la Lazio puis à la Roma, où il amènera chaque saison son club aux cinq premières places du championnat, sans pour autant jamais pouvoir avoir le mérite d'accrocher à son mur un titre de champion d'Italie. C'est donc tout naturellement qu'il choisit de faire son retour sur les terrains en 2010 à Foggia, avant de mener Pescara à la série A et d'ajouter une troisième ligne à son palmarès. Et là est tout le paradoxe du monsieur. Car contrairement au nombre de clopes qu'il se fume chaque jour, ses titres glanés se comptent, eux, sur les doigts d'une main. Zeman n'a en effet rien de mieux à accrocher à son tableau de chasse que deux titres de série B et un titre de série C2. Avant tout adepte du football offensif, celui pour qui "perdre n'a jamais été une humiliation" recherche plus que d'être mondialement connu. Briller sur la scène européenne, c'est trop peu pour lui. Ce qu'il veut, c'est jouer au football, et surtout, avant toute chose, marquer.

Football Total


   C'est à se demander ce qui est, finalement, le plus atypique chez lui. Sa carrière qui l'a fait voyager de Messine à Lecce en passant par Salerne, Palerme, Naples ou Avellino, ou bien son style de jeu. Reconnu pour sa vision ultra offensive et technique du football, à aucun moment le natif de Prague n'a fait une croix sur ses convictions footballistiques, allant jusqu'à monter au front quand on lui demande de s'exprimer sur Mourinho, entraîneur jugé par beaucoup défensif lorsqu'il est à la tête de l'Inter: "C'est sur, avec lui, les tifosi nerrazurri ne verront jamais du beau jeu". Produire du jeu et offrir du spectacle est pour lui la priorité, avant les titres. S'inspirant du 4-3-3 mis en place par Rinus Michels à l'époque de l'âge d'or de l'ajax et du football hollandais qu'il a sublimé bien avant Cruyff et Guardiola, son jeu s'appuie avant tout sur un trio offensif à une pointe accompagnée par deux ailiers, toujours en mouvement et redoutablement efficace. De son système de jeu, ce sont encore ses anciens joueurs qui en parlent le mieux, comme l'explique le regretté Franco Mancini, qui occupa les cages de Foggia pendant la Zemanlandia: "Zeman n'avait qu'un seul mot à la bouche : l'attaque. Les attaquant devaient jouer très haut, les défenseurs se plaçaient sur la ligne médiane et même moi qui était gardien, je devais sortir sans cesse à trente mètres de mes buts. Personne ne savait comment nous jouer". Des exemples? Lors de la saison 2004-2005, il permet à Lecce d'accrocher une honorable 11ème place tout en finissant deuxième meilleur attaque de Série B, avec une ligne offensive composée, entre autres du jeune Mirko Vucinic. En 1991, alors fraîchement promu avec Foggia, il va finir meilleur attaque du championnat, bien que terminant à la neuvième place de Série A. Et vingt ans après, Zeman continue de prôner un football total. Avec lui cette année, Pescara inscrit la bagatelle de 90 buts, quand la deuxième meilleure attaque du championnat en compte 63. Ciro Immobile, 22 ans, finit meilleur buteur de Série B avec 28 buts, loin devant les autres. Ses deux coéquipiers d'attaque, Tavano et Sansovini occupent également le top 10, finissant respectivement avec 19 et 16 réalisations. Mais cette saison, la plus belle victoire de Zeman est surtout d'avoir révéler au grand jour le jeune Marco Verratti, milieu axial de 19 ans, pré-sélectionné par Prandelli pour l'euro, bien qu'ensuite raccompagné chez lui mais néanmoins promis à un brillant avenir. Un jeu porté vers l'attaque a cependant ses limites, qui plus est au pays du catenaccio et de la contre-attaque. Zeman a, avec Pescara, encaissé l'année dernière pas mois de 55 Buts. Le Torino, deuxième, n'en a concédé que 28.

Le retour à la Roma

   Toujours en quête de nouveaux défis, sans pour autant opter pour un quelconque dépaysement, Zdeněk zeman s'est vu confié il y a quelques jours le chantier laissé par Luis Enrique à la Roma, club qu'il a déjà connu de 1997 à 1999. L'occasion pour le grand public de découvrir enfin l'un des tacticiens les plus doués que le football n'est jamais connu. Et nul doute cependant qu'il ne changera quoi que ce soit dans sa manière d'aborder les matchs. Il sera néanmoins,cette fois-ci, dans l'obligation de faire gagner à la louve un titre, sentant derrière lui le souffle de quatre années de disette. Aussi, ce dernier retour est peut-être l'occasion pour Zeman d'être, à 64 ans, enfin reconnu à sa juste valeur comme l'un des entraîneurs les plus influents de ces 30 dernières années. Car comme le chante si bien Oxmo, "L'histoire oublie les héros, pas les vainqueurs".